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Zoràn Nadir

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Zoràn Nadir (attribué)
Photographie contemporaine.
Document circulant dans plusieurs archives sans source vérifiable.

Zoràn Nadir est le nom emprunté par un couple de poètes dont l’identité importe peu. Leur travail ne cherche ni à représenter le monde ni à exprimer une subjectivité. Il vise plutôt à mettre la langue en crise.

Les textes procèdent par coupes, montages et collisions de phrases arrachées à des registres incompatibles : romans sentimentaux, récits de guerre, fragments religieux, notations techniques ou corporelles. Le langage y apparaît comme une matière instable, saturée, parfois violente, où le sens se défait à mesure qu’il se forme.

Ni lyrisme, ni récit, ni commentaire : une écriture qui désorganise la phrase et laisse apparaître ses restes.

Leur mot d’ordre tient en une formule :


« Langage, dégage ! »

Les recueils Dépossessions et COSMOS constituent à ce jour les principales publications connues.

Visual poem : Icare, 2010. cyanotype, daté et signé (tirage unique). 12 X 22 cm.

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Malampia

 

L’après-midi était déjà bien avancée lorsque du sable et des scorpions emplis d’amertume me poussaient toute seule au fond de mon lit. Pour aboutir à ce succès, l’écoulement d’une pile de moteur d’une précision chirurgicale fut nécessaire. Durant ma crise, le spectacle le plus distrayant m’était donné par le monde politique dans sa remise en question du consensus libre-échangiste. Et l’Europe dans tout ça ? À moins de prendre la route du nord…

 

Il paraît qu’au nord c’est carrément davantage. Il y a même la neige.

 

Six moi pour l’écrire, et je suis perdue dans la contemplation de mon assiette. Il faut dire que je ne suis pas du soir. Pour les opposants trop blonds, trop pâles, trop fiévreux, la propagande est le phare des talk-shows d’un public captif.

 

Mon père est cadre dans le nucléaire. Pas Mozart, mais presque. Il laisse libre cours, avec humour et talent, à son mépris du régime. Moi je suis perdue dans un bon mètre quatre-vingt de paix dans le monde, ouverte à toute la France. J’essayais d’écrire, mais je n’arrivais même pas. Pas la peine de ridiculiser le réchauffement climatique, fierté de mes parents. Avec une pointe de regret, ou plutôt la nuit, je m’accrochais à eux comme un camion. « À croire qu’elle n’a que l’instant d’après pour parler souvent. » Disait ma mère. Je sentais bien qu’il existe des déclarations à l’emporte-pièce où tout le monde parle en même temps.

 

On attendait papa.

extract from L'autre saison.

Mentholé,


Délivré,
mélanomes anathèmes mutationnels.


Ammoniac matutinal, aliéné
néanmoins antidote, alimenté d’athénée étiolé.


Méthadone automatique
adulée,
leucémie dalmatienne
clouée, semblable à la mort.
Louange feuilletée,
théomanie,
thanatoïde,
marathon immolé,
mutilé,
émoluments leucémiques,
émulation.


Entre-temps, tête de viande à médité et antidate, les mélamines de mélanomes.

(...)

Extrait de Cosmos (ca 2023)

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